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Au-delà de la réforme des institutions, repenser notre démocratie !

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Alors que le vote en première lecture du texte proposant une réforme de la Constitution va avoir lieu ce jour même, et qu’avec l’ensemble de mes collègues socialistes j’ai décidé de voter CONTRE ce texte en l’état, il n’est pas inutile, me semble-t-il, de prolonger la réflexion sur l’état de notre démocratie.

Je me permets donc de vous faire part de ma lecture de "La démocratie, d’une crise à l’autre", de Marcel GAUCHET, Éditions Cécile Defaut.

Ce texte est issu d’une conférence donnée au Lycée David d’Angers à Angers le 8 juin 2006. Il résume les thèses des deux ouvrages sur la crise de la démocratie.

Pour Marcel GAUCHET (M.G.) la démocratie n’est pas menacée par un quelconque adversaire extérieur, mais contestée de l’intérieur du fait de sa croissance même.

Pour comprendre cette crise, il faut résumer cinq siècles d’histoire et se souvenir comment nos sociétés sont parvenues à l’autonomie et à la séparation d’avec une vision religieuse du monde.

Elles se sont servies de trois vecteurs : la politique, le droit et l’histoire (P.14). La politique c’est l’avènement d’un État temporel différent du pouvoir spirituel des églises. Le droit c’est la théorie du Contrat Social : la société est fondée sur un contrat passé entre des hommes égaux en droit dans un état de nature originel (le droit cesse alors d’avoir Dieu pour source). « Le processus de sortie de la religion est passé, enfin, en troisième lieu, par le renversement de l’orientation temporelle de l’activité collective » (P.16) Nos sociétés se projettent dans un avenir où elles peuvent se construire.

Au sortir de la 2° guerre mondiale, la démocratie se renforce en se dotant

1) d’un exécutif plus fort ;

2) d’un ensemble de services publics ;

3) de lois de protection sociale qui constituent ce que l’on a coutume d’appeler l’état Providence.

Ce renforcement va permettre l’individualisation des membres de la société. À La consécration du mouvement, dans cette ligne, sera l’intronisation en majesté de l’individu de droit et des droits de l’homme au cours des années 1980 (P. 36). Cette intronisation débouche sur un gouvernement minimum centré plus sur la protection des droits que sur la mise en œuvre d’un projet collectif d’ailleurs impossible à élaborer, faute de fonctionnement collectif.

Pour sortir de cette crise, MG propose de s’appuyer sur les frustrations devant l’impuissance collective ressentie par nombre d’entre nous et engendrée par la crise elle-même. Il donne comme exemple l’obligation que nous avons, devant la contrainte écologique de « produire la nature …illustration la plus voyante d’une contrainte générale où c’est l’ensemble des conditions de notre existence que nous tenions pour données qui vont devoir être voulues » (P.53).

Sans être réducteur, une telle lecture permet d’éclairer la situation actuelle. Le Président de la République s’est fait élire en réhabilitant la volonté politique sur le modèle de « j’irai chercher la croissance avec les dents ». Puis il met en place une politique du « travailler plus pour gagner plus », c’est-à-dire une politique où la solution est individuelle : c’est à chacun de décider de faire des heures supplémentaires. L’absence de projet collectif le confronte alors à une frustration à la mesure du grand espoir qu’il avait su créer. Se multiplient alors les revendications individuelles ou catégorielles impossibles à toutes satisfaire. A nous alors de transformer la frustration de ne plus avoir de maîtrise collective de notre avenir en un projet positif. La tâche n’est pas mince. 

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