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Droits et Droits de l’Homme

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Ce livre est la réédition en avril 2008 d’un texte de 1983. L’auteur, Michel Villey (1914 – 1988), est un professeur d’université qui a enseigné la philosophie du droit. La thèse de cet ouvrage est très peu progressiste :

- les droits de l’homme sont une invention récente qui met à mal le concept de droit. Sans partager cette thèse, loin de là, l’ouvrage est cependant l’illustration de ce qu’avait dit un autre philosophe, Marcel GAUCHET : « les droits de l’homme ne sont pas une politique » (cf. note de lecture sur l’ouvrage de Marcel GAUCHET).

Pour défendre son idée, l’auteur se livre à un vaste panorama dont les points essentiels sont les suivants :

- Les droits de l’homme ne sont pas tous des droits. Le droit au travail, à la santé ne sont que des idéaux sans traduction juridique concrète. Pour comprendre comment on en est arrivé à définir comme des droits des idéaux, M. VILLEY se livre à une vaste reconstitution historique.


-  Pour Aristote (384 à 322 avant JC), dont l’œuvre se situe, selon VILLEY, « à l’apogée de l’effort philosophique grec » (page 38) il y a plusieurs sens au mot justice. La justice se confond tout d’abord avec la moralité. L’autre sens est plus intéressant. Le droit est alors selon le philosophe grec, la mise en œuvre par le juge d’un ordre juste, d’une juste proportion entre droits et devoirs pour chacun.


-  D’Athènes nous passons à Rome. Tout autant que le droit grec, le droit romain ignore le droit subjectif (le droit du sujet). Le droit romain consiste toujours selon VILLEY, en une analyse de la jurisprudence (c’est-à-dire des décisions rendues par les tribunaux).


-  Après l’antiquité, le moyen âge et la pensée chrétienne
Saint Thomas (1225 – 1274) professe la même conception du droit que dans l’antiquité


-  Puis vont intervenir les deux courants philosophiques qui vont contribuer à cette sécularisation et à cette laïcisation du droit. Tout d’abord le nominalisme de Guillaume d’OCAM (vers 1295 à vers 1345) et le scotisme de John DUNS SCOT (1264-1308). Le travail de ces courants philosophiques va aboutir à nier l’existence d’un ordre universel naturel et à penser Dieu comme fondateur de toute loi.


-  L’Angleterre du 17e siècle.
Il ne reste plus alors qu’à séculariser ce droit en rendant facultative l’intervention divine. C’est ce à quoi vont s’employer tout d’abord Thomas HOBBES (1588 – 1679) dans son ouvrage le Léviathan paru en 1652 et John LOCKE (1632 – 1704). HOBBES explique qu’il existe un Etat de nature où sévit la guerre de tous contre tous. Les hommes décident alors de transférer une partie de leur souveraineté à l’Etat chargé de les arracher à l’anarchie dévastatrice. Cependant cet Etat est un Etat absolutiste. LOCKE va parfaire le système en prévoyant des droits au profit des signataires du contrat social constituant l’Etat.

VILLEY rappelle que tant HOBBES que LOCKE étaient impliqués dans les conflits politiques de leur temps. HOBBES servait les STUART et défendait la monarchie absolue. LOCKE de son côté défendait la bourgeoisie montante.

Je ne suis pas assez savant en histoire du droit pour juger du bien fondé du regard porté par VILLEY à la fois sur le droit grec, sur le droit romain et sur les penseurs chrétiens.

Mais, ce texte a plusieurs mérites :

Tour d’abord, il rappelle que les systèmes juridiques sont des constructions idéologiques qui naissent et meurent avec les sociétés qu’ils ont contribuées à organiser.

Ensuite, il permet de comprendre que penser les droits de l’homme comme un droit universel à imposer par la force débouche sur des catastrophes comme celle que nous connaissons en Irak.

En outre, il rappelle que les droits de l’homme ne sont pas une politique.

Enfin, et contre l’avis même de son auteur, la lecture de la déclaration universelle des droits de l’homme annexée à la fin du livre démontre aussi que ces droits sont un merveilleux idéal à atteindre et qu’il y a partout du travail, ici comme ailleurs dans le monde .

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