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Livre - L’adolescence : un enjeu politique

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La France a peur de ses enfants : les adultes sont désarmés face aux jeunes, perçus comme un danger. Pourtant, la jeunesse n’est pas plus violente qu’hier. Sortant du débat figé entre répressif et éducatif, D. Raimbourg et P. Quéré appellent les adultes à recouvrer leur autorité et à donner à la jeunesse ce dont elle a besoin : un cadre et un avenir.

Synthèse

La teneur du débat public sur la délinquance des mineurs révèle que la société française a aujourd’hui peur de ses propres enfants. D’une part, on envisage de plus en plus la jeunesse comme un danger, et, d’autre part, les adultes semblent incapables de jouer leur rôle traditionnel – contenir et corriger les débordements des jeunes –, l’autorité parentale s’étant notoirement affaiblie.

Face à cette situation que l’on peut qualifier de critique sans toutefois dramatiser à l’extrême, Dominique Raimbourg appelle à sortir d’urgence du débat stéréotypé qui voit s’affronter une droite diabolisant la figure du jeune émeutier de banlieue et une gauche assimilant systématiquement toute sanction à une répression liberticide. Pour ce faire, il faut remettre chacun à sa place : l’adolescent ne doit pas être traité comme un adulte, c’est-à-dire une personne entièrement libre, rationnelle et responsable ; l’adulte doit, quant à lui, reconquérir ses responsabilités et son autorité, et prendre soin de la jeunesse.

Notre connaissance de la délinquance des mineurs est très imparfaite. D’abord parce que les chiffres policiers ne mesurent que l’activité policière. La délinquance s’est-elle véritablement accrue ? Impossible de le vérifier. Ce dont on est certain, en revanche, c’est que la préoccupation de la société sur ce sujet a, elle, augmenté et nourrit les discours publics. Mais la crise n’est pas seulement une réalité de langage : elle grève aussi le fonctionnement des différentes institutions prenant en charge les adolescents. La crise de l’école républicaine en est le premier et le plus criant exemple, auquel s’ajoutent entre autres la crise de la justice des mineurs, qui échoue à enrayer les phénomènes de la multirécidive ou de l’emprise des adolescents sur certains quartiers, ainsi que la crise sociale, dont les effets viennent aggraver les difficultés liées à l’entrée dans la vie active.

Cette crise institutionnelle multiforme est bien connue. L’enjeu est désormais d’opérer un changement de perspective dans la manière d’envisager la jeunesse. Pour Dominique Raimbourg, les évolutions du comportement des jeunes sont avant tout le résultat d’évolutions majeures touchant les adultes d’aujourd’hui. La fonction de l’adulte dans notre société s’est en effet profondément transformée. L’âge adulte n’est plus un modèle de stabilité ; les adultes se retirent de plus en plus de l’espace de vie des adolescents, abandonnant le rôle de référence structurante pour la construction des plus jeunes. Au nom de la liberté individuelle, la société se veut toujours moins prescriptive envers ses membres. C’est oublier que l’adolescence est une période de transition, donc de grande fragilité, qui nécessite l’imposition de cadres. Les adolescents répondent par une socialisation en très large autonomie : la construction de soi s’opère entre jeunes, ce dont l’utilisation frénétique des outils sociaux comme Facebook est un symptôme. Cette socialisation par les pairs est donc directement déterminée par l’effacement de la fonction d’adulte et détermine en retour directement avec le phénomène préoccupant de la déscolarisation. C’est pourquoi il est absolument nécessaire de restaurer l’autorité dont l’adolescent a besoin pour se construire, non pas l’autorité dans sa forme traditionnelle voire archaïque comme ne cessent de le faire à tort les politiques actuels, mais une autorité nouvelle, qui tirerait parti des changements au lieu de les subir.

En matière de système éducatif, la France a privilégié la fonction sélective au détriment très net de la fonction éducative. Les phénomènes répandus d’échecs scolaires, de sortie du système voire de délinquance peuvent se lire comme les répercussions de cette tendance. En tant que passage obligé pour tout adolescent, le collège doit donc faire l’objet d’efforts spécifiques. Mais bien d’autres domaines d’action doivent être abordés, comme l’aide publique pour le départ en vacances, l’accompagnement des parents – il s’agit de les soutenir plutôt que de brandir l’image faussée des « parents démissionnaires » –, la prise en charge des nombreux adolescents en situation de détresse psychologique, etc. D’une manière générale, il est indispensable de prendre conscience de la dérive laxiste qui existe aujourd’hui, dérive d’autant plus préjudiciable aux adolescents qu’elle prétend émanciper, sans pour autant tomber dans la logique inopérante de stigmatisation, de responsabilisation systématique et de culpabilisation des prétendus fautifs – parents, jeunes « à problèmes », etc.

Enfin, concernant le domaine de la justice des mineurs, il importe de relire, de retravailler et de relégitimer « l’excuse de minorité » de l’ordonnance de 1945. Sans faire d’angélisme, on ne peut pas considérer un adolescent comme un adulte. En la matière, il faut donc retrouver le principe d’individualisation des peines : le délinquant ne doit pas être jugé sans prise en compte du contexte, de la personnalité, du parcours, ni sans avoir à l’esprit qu’il est un individu en formation. Les évolutions législatives des dernières années sur la question des mineurs sont symptomatiques du rapport de la société à la jeunesse, société qui semble avoir abandonné toute perspective d’éducation des jeunes délinquants. C’est cette tendance qu’il importe de contrer pour retrouver la priorité.

Trouvez le livre sur le site de la Fondation Jean JAURÈS

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