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Qui peut encore attendre la loi pénitentiaire ?

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Le journal Le Monde met en ligne ce jour sur son site Internet une vidéo réalisée clandestinement au sein de la Prison de Fleury-Mérogis.

Celle-ci montre quelques-uns des aspects désastreux des conditions dans lesquelles notre pays entasse des personnes en prison, pour l’exécution de peines que le code de procédure pénal décrit ainsi : "Article 707 : L’exécution des peines favorise, dans le respect des intérêts de la société et des droits des victimes, l’insertion ou la réinsertion des condamnés ainsi que la prévention de la récidive."

Que dire du respect des Règles Pénitentiaires Européennes ? Exemples : "Règle 102.1 : Au-delà des règles applicables à l’ensemble des détenus, le régime des détenus condamnés doit être conçu pour leur permettre de mener une vie responsable et exempte de crime."

Des mois et des mois qu’une loi pénitentiaire doit être présentée au parlement....

J’ai pris part la semaine dernière à la journée parlementaire sur les prisons. Cette journée d’échanges entre parlementaires et l’ensemble des intervenants du monde carcéral a lieu depuis cinq ans.

Intervenant sur la question des aménagements de peines, j’ai eu la possibilité de dire qu’il faut attendre beaucoup de cette loi pénitentiaire, mais que nous aimerions ne pas trop l’attendre et qu’il ne faut pas en attendre plus qu’elle ne pourra donner.

Ainsi les aménagements de peines ne joueront pas significativement sur la surpopulation carcérale. Seule une articulation entre le rythme des entrées en prison et celui des sorties serait à même de changer la situation. Ceci suppose un regard sur la politique d’incarcération, et pose la question du numerus clausus (système : une place, un détenu).

De la même façon la loi ne changera pas totalement le regard de la société sur les détenus.Je pense notamment à la stigmatisation des délinquants sexuels qui sont aujourd’hui l’une des grandes figures du "mal" dans notre société. Cette stigmatisation leur interdit en pratique les libérations conditionnelles. Alors que l’écrasante majorité des délinquants sexuels ont sévis dans un contexte familial avec peu de risque de récidive l’opinion, les médias, les politiques, sont focalisés sur l’Image du prédateur qui frappe au hasard.
 
Concernant précisément les aménagements de peines en cours d’exécution d’une incarcération, il faut des moyens. Éducateurs, contrôleurs, etc. Il faut renforcer également la prise en charge psychiatrique.

Mais ces moyens nécessitent de penser ce qui se passe après la sortie de prison.

Il faut regarder les choses en face, dans leur réalité. Il faut accepter qu’en plus du travail social et du soin. il y ait un contrôle de type policier. La psychiatrie doit aussi se poser la question de la contrainte

Pour renforcer le droit à la réinsertion des détenus ET le droit à la sécurité de la société, nous devons revoir profondément notre politique carcérale, et notamment la politique des aménagements de peines, en les généralisant, mais en nous donnant également les moyens d’un réel contrôle social.

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