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Réforme des retraites : bon sens ou abandon de notre liberté collective ?

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Depuis des semaines, le Premier Ministre, l’ensemble du gouvernement et de la majorité UMP – Nouveau Centre, affirment que la réforme des retraites qu’ils imposent au pays est de pur bon sens. Peut-être espèrent-ils ainsi que tout un chacun s’alignera sur leur vue, en se disant que « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. » (René Descartes, Discours de la méthode). Ils oublient que cette fameuse phrase de Descartes est profondément ironique. Le bon sens est souvent évoqué pour parler de fausses évidences.

En l’occurrence, le gouvernement agite de fausses évidences pour se conformer aux prescriptions des agences de notation et autres opérateurs financiers, ceux-là même qui ont conduit l’ensemble de la planète dans la pire crise économique et sociale depuis près d’un siècle. En agissant ainsi, le gouvernement actuel et sa majorité réfutent toute ambition politique et toute tentative pour aider la société à se reconstruire après ces interminables années de crises. Ce faisant, il renforce l’idée qu’il n’y a rien à faire contre le cours des choses.

La réforme du gouvernement souffre de trois fautes majeures. D’une part, elle est injuste envers les longues carrières de ceux qui ont commencé à travailler très tôt. Elle est aussi injuste car les revenus financiers ne supportent l’effort collectif que pour moins de 10%. Enfin, elle n’est pas le fruit d’une réelle négociation ayant simplement été précédé de l’audition des forces sociales.

Ce dernier point est grave. La société est plus que jamais morcelée, sans prise sur des éléments qui bousculent profondément la vie d’une très grande majorité. Et comme l’indique Alain Touraine dans son dernier ouvrage (Après la crise, Ed. Seuil), « l’État agit moins comme un arbitre entre les acteurs sociaux en conflit que comme un médiateur entre l’économie nationale et ses adversaires intervenant sur les marchés internationaux ». Or, nous avons aujourd’hui un État français qui ne se préoccupe même plus de freiner les effets de ces « intervenants sur les marchés internationaux », et qui, aux noms des exigences sans limite de prêteurs internationaux, impose une vision comptable à toute l’action publique.

Face à une partie de l’économie financière et mondialisée, qui échappe à tout contrôle, les acteurs sociaux et politiques sont vidés de leur substance. Au moment où des formes collectives d’action réapparaissent, où une partie de la jeunesse essaie d’exprimer ses angoisses et d’échapper au chacun pour soi, le gouvernement répond par la calculatrice.

À l’occasion d’une réforme qui touche au « pacte social » d’un pays, le défi n’était pas simplement de réformer les retraites, mais de reconstruire les dynamismes d’une société et d’ouvrir des portes pour de nouvelles formes d’expression. Le défi reste entier.

Ce défi est redoutable : il faut redonner du pouvoir au pouvoir politique et syndical. Il faut aussi réinventer les formes institutionnelles du pouvoir et les dynamiques au sein de la société française mais aussi européenne. C’est précisément la raison pour laquelle la question de la justice, de l’équité, doit être au cœur d’un projet politique d’avenir.

Face à l’explosion des inégalités, face à la manière dont la cupidité de certains détruit la vie de millions d’autres, la reconnaissance de la dignité de chacun et la justice entre tous sont des principes qui doivent trouver leurs nouvelles expressions et leurs nouveaux moyens de mise en œuvre.

Ces principes restent au cœur de nos actions et de nos propositions. Mais plus que jamais, un gouvernement inspiré par ces valeurs après 2012, aura besoin de forces sociales, syndicales et associatives à ses côtés.

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