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Discours de Michèle Gressus le 11 novembre 2015

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Le 11 novembre est la date choisie par notre République pour la commémoration d’une terrible épreuve que celle-ci dut endurer il y a maintenant un siècle de cela. Une épreuve qui se résume en peu de mots : la première guerre mondiale !

De 2014 à 2018, nous en commémorerons le centenaire. En l’absence de témoins, tous désormais disparus, ( le dernier Poilu français, Lazare Ponticelli, est mort au printemps 2008), ils nous appartient à tous, collectivités, professeurs, associations, membres des corps constitués, de prendre « le relais » et d’endosser le rôle de « passeurs » pour transmettre aux générations futures l’histoire et les mémoires de la « Grande Guerre 14-18 ».

Commémorer, c’est montrer l’importance que revêt à nos yeux un moment important de notre Histoire commune.

Commémorer, c’est aussi se réunir effectivement, ou bien par la pensée, autour d’un épisode crucial de l’histoire de notre patrie, marquer ainsi notre attachement citoyen pour témoigner notre reconnaissance.

Le 11 novembre, jour de gratitude, d’abord envers celles et ceux qui, quatre années durant, ont connu les pires épreuves. Toute la France, hommes, femmes et même enfants, a été enrôlée dans la guerre, au front ou à l’arrière, conflit qui a atteint le continent européen puis le monde entier.

Cette guerre a été d’une férocité et d’une horreur inimaginables. Une tuerie organisée, industrialisée, dont l’absurdité a été globalement acceptée par les élites et commandements des deux côtés. Nous n’oublions pas les fusillés pour l’exemple, les mutineries, la contrainte, qui ont tardé à être reconnus. Ce fut une guerre intégrale, pour reprendre l’expression de Georges Clémenceau : une tuerie quasi consentie et qui va inaugurer un siècle de violences extrêmes en France comme en Allemagne.

Ce 11 novembre, c’est aussi l’occasion de rappeler un morceau de la vie des gens qui nous sont proches. Jamais, dans l’histoire du monde, la guerre n’était venue chercher ses victimes avec autant de soin. Chaque ville, chaque maison, chaque famille devait laisser partir son père, son oncle ou ses fils pour nourrir cet ogre qui dévora chaque jour 900 d’entre eux au combat.

Sait-on encore aujourd’hui que durant les 10 mois de la bataille de Verdun, plus de 160 000 Français sont morts pour tenir quelques centaines d’hectares d’une terre dévastée, pour, au final, un intérêt stratégique discutable ?

Sait-on encore aujourd’hui que lors de la bataille de la Somme, au premier jour de l’offensive britannique, nos alliés ont perdu en 24 heures 19 000 hommes et que ce même jour le nombre des blessés s’éleva à 100 000.... ?

Serions nous à la hauteur, nous les Français d’aujourd’hui, de nos parents d’hier ?

Serions-nous à la hauteur des Anglais, Canadiens, Américains, Russes, mais aussi Sénégalais et peuples du monde colonisé qui ont tant donné pour une terre lointaine et inconnue ? Une terre qui a priori n’était rien pour eux et dont pourtant nombre d’enfants reposent aujourd’hui dans nos provinces du Nord...

En 1918, à l’Armistice, où est la Victoire ? Le bilan est effroyable : plus de 2 millions de morts ou disparus, 3,6 millions de blessés, 600 000 invalides, 300 000 mutilés et amputés, 42 000 aveugles, 15 000 « gueules cassées ». Beaucoup de ceux qui reviennent, pas seulement les plus anciens, sont démolis, stériles, instables, alcooliques, incapables de retrouver une vie normale. Les drames et les séparations sont fréquents. On compte 600 000 veuves et autant d’orphelins. Les civils souffrent des carences, des privations et la grippe espagnole commence des ravages.

Le quart nord-est de la France est sinistré. Toutes les usines sont détruites, 3 millions d’hectares de terre sont devenus impropres à la culture, 800 000 maisons ne sont plus que ruines. De nombreux réfugiés se sont dispersés dans la France entière. L’économie est au plus mal.

Les conséquences furent terribles. Ruine et humiliation de l’Allemagne qui doit verser 269 milliards de marks-or. Le traité de Versailles condamne la notion même de république dans l’esprit de l’opinion allemande.

D’autres traités avec l’Autriche ou la Turquie vont semer de nouvelles graines de révolte en éparpillant les peuples et en les fragilisant. La Grande Bretagne promet un même territoire aux Juifs et aux Arabes….On en mesure les conséquences encore actuellement !

Bref, récession économique, sociale, atmosphère de haine dessinent le nouveau visage de l’Europe. Elle n’est plus le phare éclairant le monde de ses valeurs humanistes et de sa culture. Elle a plongé l’humanité dans une guerre de 5 ans et expérimenté de quoi bâtir un monde encore plus sombre : censure, propagande, déplacements de population, réfugiés, camps de concentration, représailles. Les apprentis tyrans sauront alors s’en souvenir. Et la seconde Guerre mondiale n’est pas une autre histoire que la Grande Guerre. C’est son enfant monstrueux. Tous les conflits du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui, y sont déjà inscrits.

Souvenons-nous, car cela résonne particulièrement dans notre actualité.

Il y aura sans doute toujours des gens assoiffés de pouvoir, des fanatismes au nom de multiples dieux, des haines ancestrales, des parents prêts à transmettre à leur progéniture la peur et le rejet de l’autre, cette haine enseignée par les ancêtres ou par des politiciens sans âme.

Mais toujours nous devrons préférer le bonheur à la vengeance et toujours nous devrons à notre pays amour et respect des institutions.

Heureusement, des hommes et des femmes de paix luttent pour enterrer ces haines, pour rappeler que la République est chère à notre cœur, pour transmettre à nos enfants l’Histoire de leur peuple si divers, toute son histoire, avec sa grandeur, ses défaites, ses triomphes et ses revers.

C’était il y a cent ans, oublier cette guerre ou dire aux enseignants et historiens qu’ils n’ont plus à la conter, s’apparente pour moi à de la profanation de cimetière, un cimetière où tous les citoyens de notre République ont une concession.

Les années passeront, nous nous retrouverons ici, toujours, civils ou militaires, anciens combattants ou enfants des écoles, pour vous dire que ce jour d’automne n’est pas un jour de repos en plus. Il est une salutaire leçon d’éducation civique, nécessaire pour celles et ceux qui ont, ou auront, des responsabilités dans cette France que nous chérissons tous......

Alors souvenons-nous et rendons hommage aux victimes civiles et militaires de 14-18, en y associant toutes celles de toutes les guerres passées et présentes.

Permettez-moi, à titre personnel, d’y associer ma grand-mère paternelle qui a fui les combats avec sa mère et ses sœurs, venant à pied de Jouy-sous-les-Côtes dans la Meuse, à Sarzeau. Réfugiées, elles y furent si bien accueillies que mon arrière-grand-père, alors Maréchal des Logis, agent de liaison de l’Etat Major, cité pour acte de bravoure lors de la 2e bataille de la Marne, viendra définitivement s’y installer à la fin de la guerre comme Chef de brigade de la Gendarmerie.]

Après la Sonnerie aux Morts, nous observerons une minute de silence, avant que ne résonne l’Hymne national, la Marseillaise.

Je vous remercie de votre attention.

Michèle GRESSUS - Maire de BOUGUENAIS

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